Kim Thúy

Kim Thuy

C’est à Granby qu’a eu lieu mon premier contact avec le Canada. Je n’avais jamais vu de neige de ma vie et la propreté était éblouissante. Quand on vit dans un camp de réfugiés en zone de guerre, on n’a pas accès à ce genre de silence et de luminosité. Ç’a été mon premier choc.

Mais le plus grand choc fut de voir tous ces gens qui nous attendaient dans le stationnement de l’hôtel quand nous sommes descendus du bus. Tout le monde était si grand! De mon point de vue, c’étaient des géants. J’étais toute maigre à 10 ans. Tous les hommes avaient de grosses barbes et des manteaux avec de la fourrure tout autour. Les Asiatiques n’expriment pas leurs émotions physiquement. Mais ces personnes nous serraient dans leurs bras, à tel point que je ne touchais même plus le sol! Je me demande encore comment ils ont pu nous prendre dans leurs bras alors que nous étions couverts d’infections dues aux piqûres de moustiques et que nous avions des poux dans les cheveux. Mais ils n’ont pas montré la moindre hésitation.

Dans un camp de réfugiés, on ne se sent pas humain. Et quand ces gens m’ont regardée, croyez-moi, je n’étais jamais sentie aussi belle. À travers cet amour pur, ils m’ont rendu mon humanité, ma dignité, tout ce que nous avions perdu dans le camp. Grâce aux habitants de Granby, j’ai pu retrouver l’humanité que j’avais perdue. Dès lors, je n’étais plus une immigrée du Vietnam, mais une enfant adoptée qui arrivait dans une nouvelle famille. Durant l’été, différentes familles nous emmenaient au zoo. Nous y allions toutes les fins de semaine. Je réalise aujourd’hui à quel point cela leur coûtait cher de nous emmener là-bas. Le zoo illustre toute la gentillesse et la générosité que les Granbyens m’ont témoignées.

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