J’ai grandi à Forest, une minuscule localité de l’Ontario. Elle ne marque peut-être pas les esprits au premier abord, mais on trouve à Forest quelque chose de vraiment spécial qui m’emplit de nostalgie : le Kineto Theatre.
Fondé en 1917, ce cinéma est l’un des plus anciens au monde à avoir été en activité sans interruption. Il y avait un petit comptoir où on pouvait s’acheter du maïs soufflé au beurre. Je m’installais dans un des vieux sièges rouges affaissés et j’attendais impatiemment que les lumières s’éteignent et que le film commence. C’est un beau petit bâtiment qui a fait partie intégrante de mon enfance et de ma jeunesse. Peu de villages possèdent leur propre cinéma, alors je me suis toujours sentie chanceuse que le nôtre en ait un. C’était tellement agréable de manger une crème glacée entre amis et d’aller ensuite voir la superproduction du moment. Travailler au comptoir alimentaire était un emploi très convoité au secondaire.
C’est au Kineto que mes parents m’ont emmenée voir mon premier film : Blanche-Neige. J’ai dû tenir dix minutes tout au plus, parce que l’une des premières scènes du film, celle où elle court dans les bois, m’a terrorisée. Mais ce sont des souvenirs comme ceux-là qui me rendent le plus nostalgique.
J’ai maintenant de jeunes enfants, et je suis impatiente de les emmener à Forest et au cinéma du village quand ils seront plus vieux. C’est une sensation incroyable d’être déposé par ses parents au Kineto pour aller voir un film tout seul pour la première fois. C’est un de ces moments qui permettent de goûter à l’indépendance.