J’ai grandi à Montréal et j’ai toujours été attirée par le campus de l’Université McGill. Impossible de ne pas le remarquer, avec ses grandes grilles qui, me semblait-il, s’ouvraient sur un étrange monde victorien. Je me disais : « Quand je serai grande, je vais étudier la littérature anglaise ici. »
Quand j’ai commencé à étudier à McGill, le campus était pour moi une sorte de bulle magique au milieu de la ville. Dès qu’on arrive, on se retrouve au milieu d’une mer de jeunes, de conversations et de rires. Je me souviens de m’être dit : « Quand je serai une vieille dame, j’aimerais continuer à venir ici avec mes livres et être entourée de jeunes. » J’ai toujours rêvé que McGill me donne l’une des grandes maisons anciennes situées sur son campus, pour que je puisse m’y installer et me consacrer à la lecture. Il faut dire que j’ai grandi dans de minuscules appartements, donc ces maisons sont extraordinaires à mes yeux.
Je discutais récemment avec une personne avec qui j’ai étudié à McGill et qui, comme moi, venait d’un milieu ouvrier, et nous nous rappelions que l’université était un lieu où nous pouvions échapper à la pauvreté et côtoyer des jeunes issus des classes moyennes et supérieures. J’adorais être tout simplement assise dans les marches du pavillon des arts, entourée d’autres jeunes passionnés de littérature. J’avais enfin trouvé des gens comme moi. Chaque fois que j’y retourne, c’est comme si je pénétrais à nouveau dans un petit royaume étrange, où les gens lisent des livres, parlent de livres et arrivent en quelque sorte à échapper aux problèmes de la vie réelle.