Native de Fort McMurray, en Alberta, j’ai grandi dans la communauté voisine d’Anzac. À l’époque, on saluait invariablement tous les gens qu’on croisait. On partageait la viande d’orignal, on cultivait des potagers et on pêchait. On riait, on se racontait des histoires, et on chérissait nos musiciens, nos danseurs et nos gigueurs. Une voie ferrée qui traversait la communauté nous reliait au monde extérieur.
C’est également à cette époque que des entreprises sont venues à Fort McMurray pour y faire de la prospection pétrolière et gazière. Aujourd’hui, la ville est connue comme le cœur des sables bitumineux, mais j’en garde un souvenir très différent. J’ai quitté la communauté à l’âge de 15 ans pour aller à l’école secondaire. Lorsque je suis revenue 15 ans plus tard avec mon fils, dans le même train que celui à bord duquel j’étais partie, le monde que j’avais connu n’existait plus.
Il y avait maintenant des routes, des lignes et des puits partout. Les maisons avaient disparu pour faire place à des stationnements boueux. Les animaux dont nous vivions n’avaient plus le même goût. Tout était presque méconnaissable, mis à part quelques arbres qui portaient encore les gravures que j’y avais faites des années auparavant. Je ne me sentais plus chez moi.
Je suis toujours nostalgique de la beauté des lieux, mais j’ai réussi à développer une nouvelle relation avec la Terre. Où que j’aille, c’est un endroit auquel j’appartiens – qu’il s’agisse des badlands, des montagnes ou de la forêt boréale, j’accepte leur appartenance au monde qui nous a vus naître et dans lequel nous vivons. L’exploitation minière appauvrit cet organisme vivant dont nous faisons partie et a des répercussions sur nous tous, de l’air que nous respirons à l’eau qui nous entoure. Tout est lié; les océans sont la matrice de la Terre mère. Tous les endroits où nous nous trouvons sont connectés aux autres.