Tanya Tagaq

Les cheminées de fée de l’île Bylot, juste en face de Pond Inlet, sont les plus beaux paysages que j’aie jamais vus. Ma mère est née et a grandi à Pond Inlet, sur la terre. Sa communauté vivait dans des igloos et des huttes de terre. Notre famille a été déplacée par le gouvernement canadien dans les années 1950. Cet épisode a été très difficile pour tout le monde. C’est donc à Pond Inlet que se trouvent nos racines et notre réelle patrie, là où nous étions heureux, là où nous aurions dû continuer à vivre et à survivre, sans interruption. Il y a dans ce coin du monde une certaine pureté, une sorte de douceur précoloniale. Lorsque je m’y suis rendue pour la première fois, j’ai ressenti un lien très profond avec ce lieu.

À elles seules, les cheminées de fée valent le détour. Il s’agit de piliers de grès suffisamment solides pour que l’on puisse s’y tenir debout, mais suffisamment souples pour que l’on puisse y graver son nom avec les doigts. Je me rappelle qu’au moment de graver mon nom sur l’une de ces cheminées, rien d’autre ne traversait mon esprit, et c’est ce qui est merveilleux quand on se trouve dans un lieu magique, purificateur et d’une beauté stupéfiante : vos soucis et vos angoisses disparaissent. Quand vous êtes dans une grande ville, que vous regardez avant de traverser la rue et qu’il y a 500 voitures et 50 personnes qui circulent et que vous devez arriver avant trois heures, et bla-bla-bla… Tout cela ne compte plus quand vous êtes là-bas. C’est un bon moyen d’évacuer le stress. C’est comme ce sentiment de paix que vous ressentez lorsque vous vous réveillez, mais que vous gardez les yeux fermés pendant quelques secondes, avant que la journée vous rattrape et que vous deviez vous lever. C’est ce que je ressens tout le temps quand je suis là-bas.

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