Vivek Shraya

L’un des désagréments de vivre dans une petite ville est la sensation d’être parfois trop visible. En grandissant à Edmonton, j’avais l’impression qu’il n’y avait qu’une seule librairie, qu’un seul restaurant ou qu’un seul centre commercial, et qu’il était inévitable d’y croiser des gens qu’on connaissait. Certaines personnes aiment l’ambiance des petites villes, mais, pour ma part, j’avais parfois besoin d’espaces dans lesquels j’étais invisible – notamment parce que je suis queer et que j’ai la peau brune. La vallée de la rivière Saskatchewan Nord était un espace au sein de la ville où je pouvais me sentir anonyme. J’ai un faible pour la vallée de la rivière parce que je l’ai associée à la recherche de ma propre voie. J’ai l’impression d’avoir le choix. J’y vais quand je veux faire quelque chose avec des êtres chers qui ne font pas partie de ma famille biologique.

C’est peut-être dû au sentiment de décalage que j’éprouvais à l’adolescence, mais j’ai été dans la vallée de la rivière à de nombreuses reprises sans même savoir que je m’y trouvais. Se trouver dans un lieu qui nous semble sûr, ce n’est pas nécessairement se dire « Je me sens en sécurité maintenant » ou « Je peux désormais être moi-même » aussitôt qu’on y met les pieds. En ce qui me concerne, il s’agit plutôt d’être dans un espace où je n’ai plus à m’inquiéter de ma sécurité ou de la façon dont je dois agir. Je peux baisser ma garde.

Lorsque j’y vais, il y a de fortes chances que je croise quelqu’un que je connais, mais ce n’est jamais arrivé. Les lieux sont à la fois vastes et intimes. Cela me ferait bizarre d’y amener mes parents. À l’adolescence, il est normal de ne pas vouloir que ses parents traînent dans sa chambre – après tout, c’est un espace intime. La vallée de la rivière, c’est un peu comme ma chambre à Edmonton. C’est un endroit pour mes amis et pour moi-même.

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