Wade Davis

C’est en travaillant comme garde forestier à Spatsizi, au milieu des années 1970, que j’ai découvert le nord de la Colombie-Britannique. Je suis tombé amoureux de ce coin de pays et de ses vastes étendues sauvages. Comme garde forestier, je faisais souvent des ravitaillements à partir du lac Tatogga et survolais le lac Ealue. Je me souviens d’avoir repéré ce chalet de pêche au style singulier. Alors âgé d’une vingtaine d’années, je me disais qu’il serait formidable de pouvoir m’acheter un chalet comme celui-là un jour. Ma femme Gail et moi avons fini par acheter le chalet en 1987. Nous y avons élevé nos enfants. C’est sans l’ombre d’un doute l’endroit le plus spécial du Canada pour moi.

Le lac Ealue se situe sur le territoire de la Nation Tāhłtān. Quand nous avons perdu notre bataille pour préserver le mont Todagin, qui est aujourd’hui le site d’une mine de cuivre et d’or à ciel ouvert adjacente à notre chalet, nous étions dévastés. Je me souviens que ma fille est partie dans l’un de nos vieux canots en châtaignier. Je l’ai trouvée dans l’obscurité en train de sangloter. Elle était très attachée au lac et le projet d’exploitation minière la dérangeait profondément.

Je lui ai promis que, peu importe la tournure des événements, nous attendrions. Je lui ai dit que lorsque la mine serait enfin épuisée, je ne serais peut-être plus là pour assister au retour du monde que nous connaissions ou du silence sur le lac, mais qu’elle, elle le serait, et ses enfants aussi. C’est le sens de la continuité et de la loyauté que j’ai appris des Tāhłtān, parmi tant d’autres choses. Le lac a été un point d’ancrage si riche et si important dans ma vie. Nous, Canadiens, sommes principalement des citadins, mais nous aspirons tous à vivre aux confins de la nature.

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