Yann Martel

J’ai un rapport complexe avec le concept de « maison ». Comme mes parents étaient diplomates, j’ai principalement vécu à l’étranger. Je demeure aujourd’hui à Saskatoon, et j’ai déjà vécu à Ottawa, Montréal et Toronto. Mais lorsque je retourne à Saint-Jean-Port-Joli, au Québec, j’ai l’impression d’être chez moi. Le village fait partie de l’histoire de ma famille. Ma grand-mère paternelle est originaire de cette localité, et sa famille, les Bourgault, y est une petite famille bien connue. Le village de Saint-Jean-Port-Joli, sis à environ une heure de Québec, à l’est, est connu pour ses petites figurines en bois représentant des pêcheurs tenant des lanternes et d’autres objets. C’est le cousin de ma grand-mère, Jean-Julien Bourgault, qui a commencé cette tradition avec ses deux frères, une tradition qui leur a apporté beaucoup de succès. Ils ont reçu l’Ordre du Canada.

Durant ma jeunesse, je rendais visite à ma grand-mère dans sa petite maison. Celle-ci est l’avant-dernière avant le fleuve Saint-Laurent, qui, à cet endroit, fait 35 kilomètres de large. Non loin de là, il y a un quai avec un petit phare à son extrémité. Dans notre famille, nous avons un petit rituel : chaque jour, beau temps mauvais temps, nous nous rendons au bout du quai et nous regardons au loin. On peut y observer le coucher du soleil dans toute sa splendeur, tandis que le vent souffle sur l’eau plate et froide. À marée haute, les jours de tempête, de grandes gerbes d’eau s’abattent sur le quai. Une odeur d’eau imprègne l’air – l’eau du fleuve, l’eau de pluie et l’eau soufflée par le vent. En face de la maison de ma grand-mère se trouve un joli cimetière. Un lieu où les souvenirs de ma famille sont ancrés. Ces pierres tombales usées par les intempéries racontent l’histoire non seulement des habitants, mais aussi du village.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *