Du sommet du mont McKay – appelé animikii-wajjw en langue ojibwé – on peut voir la rivière Kaministiquia, qui prend sa source au nord de Thunder Bay et serpente jusqu’aux chutes Kakabeka avant de s’enrouler autour de la montagne. On aperçoit aussi les élévateurs à grains qui se dressent le long de la rivière et le géant endormi, Nanabijou, qui s’avance dans le Gichigami, ou le lac Supérieur, créature sauvage et imprévisible, où le soleil peut soudainement laisser place à des nuages menaçants, des rafales de vent et des pluies torrentielles.
La région est un lieu de rencontre pour les peuples autochtones depuis des temps immémoriaux, bien avant que la ville de Thunder Bay et le Canada n’existent. Ma famille y retourne encore aujourd’hui pour assister aux pow-wow organisés sur la montagne.
Ma mère a grandi non loin de là, à Raith, sur le territoire traditionnel de la Première nation de Fort William, la réserve où a vécu ma grand-mère. Là-bas, l’eau occupe une place immense. C’est un endroit extraordinaire où on ressent plus qu’on ne voit la ligne de partage des eaux de l’Arctique. C’est là où, sur l’île de la Tortue, les eaux se divisent pour s’écouler soit vers le nord, en direction de la baie d’Hudson, soit vers la ville, au sud. Raith me rappelle chaque fois que les rivières sont les autoroutes du passé. C’est magique!
Je ne me souviens pas de la première fois où je suis allée sur la montagne – je devais être très jeune. Mais quand mes enfants étaient petits, les voir courir sur la montagne, dans les hautes herbes, me rappelait que des générations ont fréquenté cet endroit, et que d’autres suivront leurs traces. C’est un lieu qui revêt une importance spirituelle pour les Ojibwés. C’est un lieu important pour ma famille. Et c’est un lieu qui me touche droit au cœur et me procure un sentiment de paix. Je m’y sens heureuse et entière.