Louise Penny

J’ai passé une grande partie de ma vie à chercher un « chez-moi ». Quand j’étais journaliste, je devais déménager tous les deux ou trois ans et je me sentais de plus en plus épuisée. Même si je me suis fait des amis, j’ai toujours su que ces relations étaient probablement temporaires. Lorsque mon mari Michael et moi avons déménagé à Knowlton, au Québec, nous avons immédiatement su que nous avions trouvé notre chez-nous. Nous ne connaissions personne, mais quelque chose dans cet endroit nous touchait profondément.

Lors de notre premier Noël à Knowlton, nous avons assisté à la messe de Noël à St. Aidan’s, cette petite chapelle qui m’a inspiré l’église fictive de mes livres. Pendant le service, nous avons échangé des salutations de paix, et les deux hommes devant nous nous ont invités à un repas- partage après le service. Lorsque nous sommes arrivés, nous sommes entrés dans une maison remplie de gens qui allaient bientôt devenir nos amis. On aurait dit qu’ils nous avaient gardé une place à table. Tout le village nous attendait, et nous les attendions aussi.

Lorsque j’écris sur un village fictif dans mes romans, j’essaie de retranscrire le sentiment que l’on éprouve en vivant à Knowlton, où règne un sentiment constant d’appartenance, indépendamment de la langue, de la couleur de peau ou de la religion. J’ai vécu dans plusieurs endroits et j’ai découvert que ce qui compte le plus, c’est d’avoir des amis à qui parler. Je pourrais vivre dans une poubelle si j’avais un ami à mes côtés, dans la poubelle d’à côté.

C.S. Lewis a écrit que nous pouvons créer des situations dans lesquelles nous sommes heureux, mais que nous ne pouvons pas créer la joie. C’est comme ça. Pour moi, la joie vient souvent dans le silence, dans le calme, dans la nature. Quand je suis chez moi à Knowlton, je suis remplie de joie et de gratitude. Il y a un profond sentiment d’appartenance.

Sarah Harmer

J’aime beaucoup d’endroits, mais c’est ici que j’ai grandi et que je passe la majeure partie de mon temps, car mes parents y vivent toujours. Le mont Nemo est un véritable îlot de nature à la périphérie de la banlieue du Grand Toronto. Difficile à aménager du fait de sa situation en altitude, il a été largement préservé, malgré les efforts de l’industrie d’extraction de gravier qui, depuis des décennies, tente d’en extraire une grande partie.

C’est un refuge pour de nombreuses espèces rares et menacées, et pour beaucoup d’autres. Le sentier Bruce traverse l’aire de conservation du mont Nemo et offre un point de vue sur un patchwork de terres agricoles et les silhouettes de Mississauga et de Toronto. Au printemps, la forêt est un véritable concert. Les goglus des prés s’envolent de la cime des arbres pour aller construire leurs nids au milieu des champs. Impossible de penser avec le chant des rainettes printanières et des rainettes des bois. Et si l’on s’aventure la nuit, lors des premières pluies de fin mars ou début avril, le sol forestier grouille de salamandres à points jaunes et de salamandres de Jefferson. C’est une forêt carolinienne, avec des caryers à écorce écailleuse, des érables à sucre et des chênes rouges et blancs ; en automne, les couleurs sont tout simplement splendides. On l’appelle la source même de la forêt ; tant de cours d’eau prennent leur source au sommet du mont Nemo. Je continue de travailler avec des associations locales pour la préserver d’une industrie totalement anarchique qui cherche à la dénaturer.

Je me sens tellement chanceuse de connaître cet endroit depuis si longtemps et d’y revenir à chaque saison. Il est irremplaçable.

Denis St-Onge

Imaginez-vous sous un vaste dôme de ciel. Des lacs s’étendent dans toutes les directions et des ruisseaux serpentent à travers le terrain, cherchant leur chemin vers la mer. Le sol est tapissé d’une végétation basse, parsemée de rhododendrons aux couleurs vives, mais il n’y a pas d’arbres. Pas de circulation, pas d’avions, pas de routes. Vous êtes complètement seul, complètement immergé dans ce paysage extraordinaire. Certains sont effrayés, d’autres sont complètement fascinés et déconcertés par son immobilité et son immensité. Je suis de ce dernier avis.

Voici la toundra, mon endroit préféré au Canada, que peu de gens ont le privilège de découvrir.

De la fin des années 1970 aux années 1980, j’ai passé environ deux mois chaque été à travailler ici pour la Commission géologique du Canada. Difficile de décrire les émotions que je ressens lorsque je suis là, à explorer la région de la rivière Coppermine et vers l’ouest en direction du lac Bluenose, entouré d’une beauté incroyable et sans personne d’autre à proximité. Le mot le plus proche que je puisse trouver est « comblé ». Je ne saute pas de joie, je ressens simplement un profond contentement.

Au fil des ans, de nombreux assistants m’ont rejoint. Nous marchions plus de 20 kilomètres par jour, collectant des échantillons et prenant des notes, essayant d’expliquer le paysage que nous observions. Certains étudiants ne marchaient jamais seuls dans la toundra, terrifiés par son immensité. D’autres, comme moi, tombaient nous son charme, aspirant à la solitude et à travailler seul plutôt qu’à deux (ce qui est aujourd’hui déconseillé pour des raisons de sécurité).

Je me souviens encore la première fois où j’ai étudié des photographies aériennes de la région. Les images n’avaient pas encore de sens pour moi ; je ne savais pas ce que je regardais. J’étais perdu, mais j’ai appris énormément sur la toundra au fil des années. Ce faisant, je suis tombé éperdument amoureux de cet endroit.

Natalie MacMaster

Quand je repense à tout l’amour que j’ai reçu, depuis ma jeunesse au sein d’une famille unie, jusqu’à ma découverte de ma passion pour la musique, ma rencontre avec mon mari et la fondation de notre propre famille de neuf personnes, tout a commencé au Cap-Breton.

J’ai grandi baignée dans la culture du violon, les danses carrées, la langue gaélique et les rassemblements. Il y avait des mariages et de funérailles, des célébrations et des moments de deuil. Nous organisions des fêtes à la maison avec beaucoup de nourriture et de boissons, où je pouvais passer du temps avec mes proches et apprécier la grandeur de ma famille élargie. Les gens étaient toujours de bonne humeur et on riait beaucoup. C’était une ambiance si harmonieuse. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque, mais c’était d’une beauté profonde.

J’en suis venue à croire que l’art reflète l’artiste, et lorsque je contemple l’île du Cap-Breton, je crois qu’elle reflète l’amour de Dieu. Les collines ondulantes sont parsemées d’une végétation pure et sauvage. Des rosiers sauvages bordent les routes. Le long de celle-ci, l’océan est si majestueux et vivifiant, offrant aux pêcheurs des poissons de mer. Il est omniprésent. Dans un endroit sans littoral, je peux commencer à me sentir claustrophobe, mais au Cap-Breton, j’ai toujours eu le sentiment de pouvoir atteindre le bout du monde.

Lorsque mon mari et moi nous sommes mariés, l’évêque nous a dit dans son homélie que deux choses au monde sont éternelles : la musique et l’amour. À mon retour au Cap-Breton, je suis reconnaissante pour la culture du violon qui existe encore et qui y prospère, sachant à quel point elle m’a profondément marquée.

Pujjuut Kusugak

Ma cabane est situé le long de la côte, dans un bras de mer, juste en face de Rankin Inlet, ma communauté. En été, nous sommes à environ 25 minutes en bateau ou à 90 minutes en VTT s’il y a trop de vent pour se déplacer sur l’eau. Au printemps, lorsque nous nous déplaçons en motoneige, c’est environ 45 minutes. Le fait d’être sur la terre est relaxant. Nous allons à la pêche, à la cueillette des oeufs ou des baies. Nous chassons l’oie, le caribou. Toutes ces activités ne sont pas du travail, c’est un loisir. À la fin du printemps, c’est la saison du séchage de la viande de caribou. Dans la cabane, nous avons des séchoirs à viande que mon grand-père a construits il y a probablement 30 ans, et ils sont toujours debout.

Mon père a construit sa cabane il y a environ 37 ans et nous avons été la première cabane de la région pour notre famille – mes parents, moi et mes trois soeurs. Ensuite, mes grands-parents ont construit une cabane, puis une tante et un oncle, puis une autre tante et un autre oncle. Puis j’en ai construit une. Mon cousin et ma belle-soeur en ont également construit une. Aujourd’hui, nous avons cinq cabanes dans cette petite zone. Mon neveu l’appelle même le village !

Le mot que nous utilisons pour décrire l’atmosphère de ce lieu est kajjaarnuq. Je pense que le mot le plus proche de cette idée « sérénité ». C’est paisible. C’est beau. Kajjaarnuq a tellement de significations que l’on met ensemble en français ou en anglais, mais en inuktitut, ce n’est qu’un seul mot qui évoque toutes ces sensations. La cabane est un lieu de paix pour moi. Pour beaucoup d’entre nous, au sein de la famille, c’est notre lieu de bonheur. C’est là que nous pouvons enseigner nos traditions à nos enfants. Cela nous aide à parler notre langue et à transmettre notre culture. C’est un lieu de guérison. C’est formidable pour notre bien-être.

William Shatner

J’ai passé les étés de mon enfance dans un chalet au bord du lac Long, dans les Laurentides, au nord de Montréal, d’où je suis originaire. Notre chalet donnait sur un chemin de terre, qui est probablement devenu une autoroute aujourd’hui, et possédait une porte moustiquaire battante dont je me souviendrai toujours du claquement. C’est là que des films comme The Yearling et des livres comme The Red Pony, de Steinbeck, m’ont le plus ému.

Tout a commencé avec trois familles sur le lac. Pour obtenir de l’eau courante, nous devions pomper à la main l’eau d’un puits dans une citerne située sur le toit. À l’âge de cinq ou six ans, j’ai proposé à chaque famille de remplir sa citerne pour 25 cents, ce qui représentait une fortune à l’époque. Je n’avais pas réalisé à quel point il était difficile de pomper l’eau, si bien que je remplissais la citerne à moitié et que j’étais tellement épuisé que je devais revenir le lendemain. En fin de compte, je n’ai jamais réussi à remplir une citerne.

Le nombre de chalets augmentant au fil des ans, un magasin de quartier a fini par voir le jour. Il y avait un groupe de dix enfants d’âges différents – j’avais environ 11 ans – qui se réunissaient le samedi soir et dansaient sur ce qui passait à la radio ou sur ce trio français qui venait jouer de la musique country.

C’est à cette époque que j’ai commencé à remarquer les filles et que j’ai aperçu pour la première fois une fille nue. C’était aussi mémorable que d’attraper mon premier poisson. Une amie de ma sœur aînée était en visite dans notre chalet et alors que j’étais dans ma chambre en haut de l’escalier (qui n’avait pas de porte), la porte de la chambre de ma sœur s’est ouverte et j’ai vu son amie Diane en train de s’habiller. Elle m’a surpris en train de la regarder et a claqué la porte. Ce souvenir est resté gravé dans ma mémoire jusqu’à aujourd’hui.

Jim Cuddy

J’ai visité tant d’endroits incroyables au Canada, de l’embouchure du fleuve Mackenzie à l’extrémité nord de Terre-Neuve, en passant par d’innombrables autres entre les deux. Mais l’endroit qui m’a le plus marqué est Lake Louise.

Je me suis retrouvé à vivre dans les montagnes Rocheuses dès la fin du secondaire, fuyant une relation qui n’avait pas fonctionné, et tombant amoureux de la beauté sauvage de l’Ouest. J’ai vécu à Banff pendant un an en tant que préposé aux chambres dans une station de ski, et j’ai passé l’été suivant à Lake Louise à peindre des maisons. C’est à cette époque que j’ai commencé à me plonger dans la musique et à me produire en spectacle. Presque tous les soirs après le travail, je retrouvais mes amis pour jouer de la guitare, prendre un verre et rire tous ensemble. Je me souviens comme si c’était hier de mon ami Mike et moi, marchant sur une route en pente depuis un terrain de camping et, même si la montée était ardue, chantant à tue-tête Late for the Sky de Jackson Browne.

Les Rocheuses ont quelque chose de revigorant. Quelque chose de vivifiant. La dernière fois que je suis allé à Lake Louise, ma femme et moi y avons célébré notre 40e anniversaire de mariage. Nous nous endormions au son de la rivière. Le matin, il y avait dans l’air une fraîcheur qu’on pouvait bien sentir, mais le froid ne nous dérangeait pas du tout. Malgré la température glaciale, nous avons profité de l’occasion pour nous baigner partout où nous le pouvions, du lac Moraine à la rivière Bow. Nous avons également fait du vélo de montagne, croisant parfois des panneaux nous avertissant de la présence d’ours dans la région. La montagne a pour effet d’éveiller les sens et de nous faire prendre conscience de chaque instant.

Ziya Tong

On parle beaucoup de la migration des animaux dans le Serengeti, mais la plus extraordinaire migration à laquelle il m’ait été donné d’assister est celle de 50 000 bélugas dans la rivière Seal, près de Churchill. C’était incroyable de voguer au milieu de petits morceaux de glace rebondissants pour me rendre compte qu’il s’agissait en fait de bélugas.

J’étais là pour réaliser un reportage sur l’observation des habitats estuariens du béluga, une activité impressionnante en elle-même. Les scientifiques doivent jouer les cow-boys et sauter sur les bélugas – de façon sécuritaire, en présence de vétérinaires – pour capturer et marquer les mammifères.

Après le reportage, j’étais avec les scientifiques au Seal River Heritage Lodge, et ils m’ont carrément attaché les pieds et mis un tuba et un masque dans les mains, avant de m’ordonner de m’allonger sur le ventre pendant qu’ils me traînaient à reculons dans l’eau trouble. J’avais l’impression d’être dans un épisode des Soprano. Mais ensuite, ils m’ont dit de chanter. Je me suis exécutée, et un béluga s’est approché. C’était tout simplement magique! Quel privilège d’être là, dans l’eau, avec lui!

En cette ère numérique, les gens cherchent de plus en plus l’émerveillement et le réconfort, et c’est dans le monde réel qu’ils le trouvent. Je ne pensais pas qu’une visite à Churchill puisse offrir une expérience aussi stupéfiante. On est là devant des ours blancs, des aurores boréales, des bélugas. Les animaux vaquent à leurs occupations et il règne un extraordinaire sentiment de paix et d’harmonie. C’est apaisant d’être là et de savoir qu’on fait partie d’un grand tout.

Alex Trebek

J’ai passé trois ans à l’école préparatoire de l’Université d’Ottawa, puis trois ans à l’université elle-même. Cette période est l’une des plus formatrices de ma vie, et Ottawa occupe donc une place particulière dans mon cœur.

J’ai grandi à Sudbury et j’ai eu une enfance plutôt insouciante. Toutefois, lorsque je suis arrivé à Ottawa, les choses se sont corsées. Mes parents avaient divorcé et j’avais beaucoup de problèmes. J’étais un rebelle. Les prêtres de l’école préparatoire m’ont aidé à me réformer. Lorsque la discipline sévère ne fonctionnait pas, ils se liaient d’amitié avec moi pour me montrer le bon chemin. Ils ont changé ma vie.

L’école préparatoire se trouvait dans le bâtiment administratif de l’université et les dortoirs étaient à l’étage. Je me souviens que j’étais attiré par une fille qui passait tous les jours devant moi pour se rendre à l’école secondaire Lisgar. On jouait dehors et je ne lui parlais jamais. Nous avions trois patinoires à l’extérieur de l’école que nous devions déneiger, alors je ne suis probablement allé qu’une seule fois patiner sur le canal Rideau. Par contre, je m’y promenais souvent et j’ai toujours apprécié le fait qu’il y ait autant de verdure dans la ville.

Lorsque nous sortions de l’école la fin de semaine, nous prenions le tramway jusqu’à Hull et nous allions au Gatineau Club, au Chaudière Club ou Chez Henri, ou nous nous promenions simplement dans le marché By. J’en garde d’excellents souvenirs. Quand j’étudiais à l’université, l’hôtel Château Laurier était l’un de nos lieux de prédilection. En plus de la délicieuse soupe aux pois qu’on y servait, l’hôtel comprenait une fantastique piscine couverte et un salon de barbier qui nous faisait nous sentir spéciaux – quand nous avions assez d’argent pour nous l’offrir. Dans ce salon, on vous mettait une serviette chaude sur le visage avant le rasage et on taillait vos favoris avec un rasoir droit. Vous aviez l’impression d’être un riche homme d’affaires que l’on traite aux petits oignons.

Chris Hadfield

Si je pouvais être n’importe où, ce serait dans mon chalet d’été de Stag Island, près de Sarnia, en Ontario. C’est toujours l’un des rares endroits sur Terre qui me donne vraiment l’impression d’être chez moi. C’est une maison minuscule et simple qui a été construite en 1896, et c’est un endroit où je vais depuis que j’ai deux ans. C’est un refuge, où on me traite comme tout le monde et où je me sens très proche de la simplicité de la vie et de la nature. Je pense qu’une grande partie du Canada ressemble à cela.

Mon meilleur souvenir de cet endroit n’est pas vraiment lié à un moment en particulier, c’est plutôt un sentiment. Chaque jour se déroule en toute simplicité, sans rien de prévu et sans entrave. Il n’y a pas d’obligation, juste une liste de choses que vous pouvez faire et une liste de choses que vous n’avez pas à faire. Vous pouvez passer toute la journée à lire un livre, ou à faire du canot dans les petits plans d’eau, ou à vous promener au sud de l’île pour voir comment se portent les jeunes chênes. L’endroit est empreint de douceur depuis toujours.

Il ne s’agit pas d’une destination de vacances, mais plutôt d’un mode de vie. J’y passe la moitié de l’année. Du moins, c’était le cas avant que je ne devienne astronaute il y a 26 ans. C’est d’ailleurs là que j’ai vu Neil Armstrong marcher sur la lune. Comme je le mentionne dans mon livre, An Astronaut’s Guide to Life on Earth, tard dans la soirée du 20 juillet 1969, nous avons traversé la clairière jusqu’au chalet de nos voisins et nous nous sommes entassés dans leur salon, comme à peu près tout le monde sur l’île. Plus tard, en retournant à notre chalet et en regardant la lune, j’ai su ce que je voulais faire dans la vie.

Gordon Lightfoot

D’est en ouest, jusqu’à l’Arctique et dans tous les endroits sauvages que j’ai visités, la poésie est partout où le regard se porte, et fort heureusement, j’ai réussi à trouver les mots pour traduire cette poésie dans mes chansons. Qu’on le veuille ou non, tout cela fait travailler l’imagination.

Mais c’est Orillia, en Ontario, ma ville natale, qui m’a le plus inspiré. Tous mes souvenirs de ce lieu sont empreints de musique. En 7e année, j’ai réalisé mon premier enregistrement pour un événement organisé dans le cadre de la journée des parents. C’était la chanson Irish Lullaby, et elle a été diffusée sur le système audio de l’école. À l’époque, je suivais des cours de musique et j’interprétais les airs irlandais repris par Bing Crosby, que je chantais pour les comités féminins d’Orillia et le Lions Club masculin. En plus de cela, j’ai chanté avec un orchestre de bal pendant toutes mes études secondaires. Mes petites amies avaient l’habitude de s’asseoir sur le côté de la scène pour m’attendre lors des grands bals de l’école. Elles étaient d’une grande patience.

Hiver comme été, mes amis et moi allions souvent pêcher sur les lacs Simcoe et Couchiching. Je me souviens d’un hiver si froid que tout le lac Couchiching était recouvert de glace noire et qu’il n’y avait pas de neige. Mais nous allions surtout au lac Simcoe pour pêcher, au large de Eight Mile Point. Chaque hiver, pendant cinq ans, nous marchions environ un kilomètre sur le lac, puis nous installions chacun notre petite cabane pour pêcher le cisco et la truite. Nous avions l’habitude d’apporter nos belles prises au marché de viande des Buehler Bros., où le gérant nous les achetait. En été, nous pêchions l’achigan et la perche sur la rive est du lac Couchiching.

Quels beaux souvenirs! Je me sentais comme Huckleberry Finn. Je crois qu’il n’y a pas un seul cours d’eau dans la région où nous n’avons pas pêché, y compris dans la région de la North River où nous allions pour la truite mouchetée. Il nous suffisait de prendre nos vélos pour s’y rendre. Les souvenirs que j’en garde sont impérissables et ont continué à faire leur chemin dans mes chansons. Ils sont partout. D’ailleurs, c’est exactement ce à quoi je fais référence dans ma chanson Pussywillows, Cat Tails.

Margaret Atwood

Visiter l’Arctique canadien est le genre de chose dont on dit qu’elle change la vie. Vous n’avez aucune idée de ce qu’est réellement notre planète tant que vous n’êtes pas allé dans l’Arctique.

On pense souvent qu’il s’agit d’un endroit incolore, couvert de glace, mais c’est en fait un lieu très coloré. Selon la partie de l’Arctique où vous vous trouvez, il n’y a pas beaucoup d’arbres, mais il y a beaucoup de plantes qui prennent des teintes différentes.

La faune de l’Arctique canadien est également impressionnante : ours, morses, baleines, phoques – sans parler de l’étonnante abondance d’oiseaux en de nombreux endroits. Lors d’un voyage avec Adventure Canada, nous étions en bateau et nous nous sommes approchés d’un gros rocher qui semblait de nature volcanique, car d’énormes nuages de vapeur s’en échappaient. Pourtant, il n’y a pas d’activité volcanique dans cette partie du monde. En nous approchant, nous avons vu que la vapeur provenait de centaines de morses qui s’étaient hissés sur ce rocher pour profiter de la belle journée ensoleillée. Les plus âgés se prélassaient sur le rocher, et les plus jeunes s’ébrouaient dans l’eau, se chargeant les uns les autres comme s’ils jouaient au football.

Une autre fois, je suis allé voir un grand champ de stromatolites qui avait été découvert l’année précédente. Les stromatolites sont des monticules fossilisés d’algues bleues qui ont créé l’oxygène dans notre atmosphère il y a des milliards d’années. Notre planète n’a pas été livrée toute prête avec de l’oxygène; elle a été créée lorsque ces organismes ont séparé l’oxygène de l’eau. Chaque fois que vous respirez, vous respirez un héritage de ces mêmes fossiles. Dans ma nouvelle Le matelas de pierres, l’arme du crime est l’un de ces stromatolites. D’ailleurs, le mot « stromatolite » se traduit littéralement par « matelas de pierres », car ces fossiles sont très pointus et tranchants lorsqu’ils se fragmentent.

L’Arctique canadien est fascinant. Que ce soit du point de vue culturel, historique ou géographique, c’est un endroit qui ne ressemble à aucun autre.

Robert Bateman

L’île Saltspring nourrit mon âme. Ma maison se trouve sur un terrain de 30 hectares, près d’un petit lac entouré de pâturages et d’une forêt de sapins de Douglas. On voit la silhouette du mont Maxwell flotter au loin, comme si elle surgissait de la mer.

Juste devant la fenêtre de mon studio se trouve un petit verger patrimonial de quatre ou cinq pommiers, et je m’assois souvent pour observer les oiseaux qui visitent les mangeoires. Une ferme datant des années 1930, où ma petite-fille est née à l’étage, se trouve non loin, et chaque fois que je la regarde, je me souviens de ma famille.

Une prairie en pente mène à un marécage bordé de grands cèdres morts et peuplé d’oiseaux. Souvent, le matin, ma femme et moi nous asseyons dans notre lit et observons les pygargues à tête blanche, les faucons et les geais de Steller depuis la fenêtre. Les oiseaux sont une source d’inspiration pour mon travail.

Chaque jour, après le repas du midi, nous parcourons l’un de mes endroits préférés au monde, un ancien chemin de ferme herbeux qui traverse la forêt. Il y a un ruisseau qui coule à travers les bois et de petits étangs remplis de petits poissons de part et d’autre du chemin. De gigantesques Arums d’Amérique, avec leur grand feuillage et leurs fleurs d’un jaune éclatant, bordent les étangs et créent de magnifiques reflets dans l’eau.

J’ai tracé de nombreux sentiers à travers ces bois, comme je l’ai fait partout où j’ai vécu, et chacun d’entre eux comporte des endroits soigneusement choisis où je peux m’arrêter pour profiter de la vue. Mais il y a de nombreuses parties de cette forêt où je n’ai jamais mis les pieds et que je ne verrai peut-être jamais.

Sheila Copps

Le marais de Cootes Paradise, qui flanque à l’ouest le port de Hamilton, est un joyau méconnu. Quand on traverse le pont Skyway, on aperçoit la ville, les aciéries et le patrimoine industriel de Hamilton. Mais Cootes Paradise est une zone humide protégée, un vestige du passé encore vierge. J’aime à imaginer qu’en 1669, quand l’explorateur français René-Robert Cavelier de La Salle a rencontré des Autochtones de la région, le paysage était identique.

Cootes Paradise est une immense étendue pleine de méandres et de recoins, où l’on trouve une faune abondante – le marais fait d’ailleurs partie d’une réserve mondiale de biosphère de l’UNESCO. Sa beauté physique, que crée la rencontre des eaux calmes de la baie et de l’escarpement du Niagara, m’émeut énormément. Quand j’étais à l’école primaire, j’y allais en randonnée avec mes amis. À l’époque, les enfants avaient beaucoup de liberté! Nous prenions l’autobus depuis l’extrémité est de la ville jusqu’au bout de la ligne, puis nous marchions. Quel plaisir avons-nous eu à jouer dans le marais, dans les jardins botaniques royaux adjacents et sur les sentiers!

Hamilton compte beaucoup de bouleaux, et ceux-ci se portent bien à Cootes Paradise. Je me souviens avoir passé des heures à regarder de gigantesques bouleaux tout en me confectionnant des sifflets avec l’herbe large qu’on retrouve dans le marais. J’adorais me balancer au bout des lianes qui poussent sur les arbres. Un jour, nous avons complètement perdu la notion du temps. Nous avons levé les yeux et il faisait tout à coup nuit! C’était une journée magique, comme dans Les Aventures de Huckleberry Finn.

Paul Brandt

Ma femme et moi avons vécu à Nashville pendant dix ans, mais nous avons toujours eu l’intention de retourner en Alberta pour nous rapprocher de nos familles. Nous avons voyagé dans le monde entier, mais un endroit en particulier en Alberta nous attire toujours : la rivière Bow qui traverse Calgary. C’est vraiment l’un de mes endroits préférés.

Je repense aux histoires que me racontait mon père, qui me disait que la rivière était plus sauvage lorsqu’il était jeune, que son courant était plus rapide et qu’elle était plus profonde avant la construction de tous les barrages. Cette image m’a toujours inspirée. C’est le long de cette rivière que Calgary est née, là où les populations autochtones ont choisi d’installer leurs premiers campements. La rivière incarne l’esprit de l’Alberta.

La rivière Bow ne ressemble à aucun autre cours d’eau que je connaisse. Vous pouvez y naviguer en bateau, passer devant la Calgary Tower et sous le Peace Bridge, tout en vous imprégnant des paysages et des sons de la ville. En une heure ou deux, vous pouvez admirer des falaises aux sommets imposants surplombant des vallées majestueuses, des champs de blé et des prairies sauvages. En vous tournant vers l’ouest, vous pouvez apercevoir, au loin, les montagnes Rocheuses enneigées.

Je pense souvent au fait que mon père a grandi là-bas, que j’y ai moi-même pêché, et que maintenant, mes enfants auront la possibilité d’y grandir et d’en faire autant. Je repense au premier voyage de pêche de mon fils à la rivière Bow, lorsque nous avons attrapé une grosse truite brune et que nous l’avons remise à l’eau. C’était tellement spécial de pouvoir partager ce moment avec lui, et j’ai eu l’impression de perpétuer une tradition.

Dan Aykroyd

L’endroit que je préfère au Canada est l’île dont je suis propriétaire. Le jour de la fête du Canada 1987, je conduisais mon bateau sur le lac Loughborough, au nord de Kingston, lorsque j’ai vu cette île à vendre. Les îles ne sont presque jamais mises en vente, alors j’ai fait volte-face, je me suis précipité dans l’agence immobilière locale et je leur ai posé la question. L’agent m’a dit que son nom était l’île Loon. C’était le lendemain de la sortie de la nouvelle pièce d’un dollar à l’effigie du huard. J’ai pris cela comme un signe et j’ai acheté l’île, et c’est la meilleure dépense que j’ai jamais faite.

L’île Loon est une bosse de granit d’environ trois hectares située au milieu du lac Loughborough. J’y ai un camp très austère avec une caravane Airstream qui ne roulera plus jamais, une tente de cuisine et un foyer, et je ne pense pas que je vais beaucoup l’améliorer. Au fil des ans, les gens m’ont encouragé à construire une maison ou un chalet, mais j’aime l’ambiance du terrain de camping. Il a l’aspect classique du Groupe des Sept avec ses pins et ses cèdres balayés par le vent. Les levers et couchers de soleil sont magnifiques. Et les repas sont toujours meilleurs quand on se trouve sur l’île.

Avec des amis, nous avons transporté la remorque sur une barge. La toute première nuit que j’ai passé là-bas, nous étions à l’intérieur pour éviter les moustiques lorsque, tout à coup, des huards ont commencé à chanter autour de l’île – d’abord un, puis deux, trois et quatre, avec cette cacophonie accueillante de leurs cris. C’était comme s’ils me saluaient en tant que nouveau résident de l’île.

J’aime y aller pour écrire; j’y ai écrit quelques scénarios et diverses pièces. Mais la plupart du temps, j’y vais simplement pour être là. Il n’y a rien de tel que de se lever le matin, de descendre dans l’eau et de s’y glisser pour nager et de croiser une loutre ou un pêcheur. C’est ainsi que j’entre en contact avec la nature.

Coeur de pirate

Mon refuge préféré à Montréal se trouve à la jonction du parc Jeanne-Mance et du mont Royal, entre les avenues Mont-Royal et Duluth, et entre le boulevard Saint-Laurent et l’avenue du Parc. Le parc Jeanne-Mance est connu des Montréalais comme l’endroit où il faut aller : le quartier environnant est chargé d’histoire, proche de l’endroit où Mordecai Richler a vécu. C’est l’équivalent de parcs tels que Trinity Bellwoods à Toronto, Stanley Park à Vancouver et Major’s Hill à Ottawa.

Je me souviens d’y avoir passé la plupart de mes étés lorsque j’étais adolescente, ce qui a vraiment influencé la personne que je suis aujourd’hui. Je venais d’un quartier très résidentiel de Montréal, un peu plus au nord, alors aller au centre-ville – et voir Montréal pour ce qu’elle était –, c’était aller au parc Jeanne-Mance. Les arbres, la lumière et les événements culturels qui se déroulent dans le parc ont quelque chose de particulier. Ce lieu accueille des concerts et les gens jouent au ballon; l’espace rassemble vraiment les gens.

Lorsque j’ai commencé à fréquenter le centre-ville, vers l’âge de 15 ans, j’y passais une grande partie de mon temps – et les mêmes personnes avec lesquelles j’ai grandi s’y rendent encore. Depuis que je suis devenue mère, visiter la région avec ma fille est également devenu spécial. Notre première maison se trouvait dans le Plateau, il a donc été très facile de l’amener au parc Jeanne-Mance. C’est quelque chose que vous voulez partager avec vos enfants. Nous nous rendons au Café Santropol – un établissement local que ma mère aimait fréquenter et qui existe depuis les années 1960. Cependant, ma propre famille fréquente plus souvent le Café Melbourne ou le Hof Kelsten. Mais la véritable expérience du parc Jeanne-Mance est de trouver l’endroit idéal et de s’y installer pour un pique-nique.

Alan Doyle

Le premier endroit où j’emmène les gens qui me rendent visite à St. John’s est le sentier North Head du lieu historique national de Signal Hill. C’est l’une des plus belles promenades de toutes les villes du monde, rivalisant avec la route de la digue autour du parc Stanley de Vancouver ou avec n’importe quelle promenade entre les plages de Sydney, en Australie.

La première fois que j’ai emprunté le sentier, c’était à l’âge de 19 ou 20 ans, peu après avoir déménagé à St. John’s, mais le bonheur que j’y trouve est le même aujourd’hui qu’il y a 25 ans. Il est toujours aussi beau et présente le même défi physique – je me retrouve maintenant à le parcourir pour l’exercice plusieurs fois par mois en été. Il est également de niveau assez difficile, car certaines parties n’ont pas été modernisées. À certains endroits, il faut encore tenir une chaîne pour assurer la stabilité, mais c’est ce qui le rend si authentique.

Si vous montez à la tour Cabot, au sommet de Signal Hill, vous aurez une vue imprenable sur l’océan d’un côté et sur la ville de l’autre. De là, vous pouvez emprunter le sentier jusqu’à l’endroit où vous pourrez voir le cap Spear – le point le plus à l’est de l’Amérique du Nord – et, si vous êtes là à la bonne période de l’année, des icebergs ou des baleines. Le sentier vous conduit également le long des collines rocheuses escarpées qui surplombent The Narrows, l’entrée du port de St. John’s. Lorsque vous vous trouvez sur cette partie du sentier, vous pouvez vous retourner, regarder la ville et imaginer que vous voyez ce que les premiers marins ont pu voir il y a bien longtemps.

Wade Davis

C’est en travaillant comme garde forestier à Spatsizi, au milieu des années 1970, que j’ai découvert le nord de la Colombie-Britannique. Je suis tombé amoureux de ce coin de pays et de ses vastes étendues sauvages. Comme garde forestier, je faisais souvent des ravitaillements à partir du lac Tatogga et survolais le lac Ealue. Je me souviens d’avoir repéré ce chalet de pêche au style singulier. Alors âgé d’une vingtaine d’années, je me disais qu’il serait formidable de pouvoir m’acheter un chalet comme celui-là un jour. Ma femme Gail et moi avons fini par acheter le chalet en 1987. Nous y avons élevé nos enfants. C’est sans l’ombre d’un doute l’endroit le plus spécial du Canada pour moi.

Le lac Ealue se situe sur le territoire de la Nation Tāhłtān. Quand nous avons perdu notre bataille pour préserver le mont Todagin, qui est aujourd’hui le site d’une mine de cuivre et d’or à ciel ouvert adjacente à notre chalet, nous étions dévastés. Je me souviens que ma fille est partie dans l’un de nos vieux canots en châtaignier. Je l’ai trouvée dans l’obscurité en train de sangloter. Elle était très attachée au lac et le projet d’exploitation minière la dérangeait profondément.

Je lui ai promis que, peu importe la tournure des événements, nous attendrions. Je lui ai dit que lorsque la mine serait enfin épuisée, je ne serais peut-être plus là pour assister au retour du monde que nous connaissions ou du silence sur le lac, mais qu’elle, elle le serait, et ses enfants aussi. C’est le sens de la continuité et de la loyauté que j’ai appris des Tāhłtān, parmi tant d’autres choses. Le lac a été un point d’ancrage si riche et si important dans ma vie. Nous, Canadiens, sommes principalement des citadins, mais nous aspirons tous à vivre aux confins de la nature.

Yann Martel

J’ai un rapport complexe avec le concept de « maison ». Comme mes parents étaient diplomates, j’ai principalement vécu à l’étranger. Je demeure aujourd’hui à Saskatoon, et j’ai déjà vécu à Ottawa, Montréal et Toronto. Mais lorsque je retourne à Saint-Jean-Port-Joli, au Québec, j’ai l’impression d’être chez moi. Le village fait partie de l’histoire de ma famille. Ma grand-mère paternelle est originaire de cette localité, et sa famille, les Bourgault, y est une petite famille bien connue. Le village de Saint-Jean-Port-Joli, sis à environ une heure de Québec, à l’est, est connu pour ses petites figurines en bois représentant des pêcheurs tenant des lanternes et d’autres objets. C’est le cousin de ma grand-mère, Jean-Julien Bourgault, qui a commencé cette tradition avec ses deux frères, une tradition qui leur a apporté beaucoup de succès. Ils ont reçu l’Ordre du Canada.

Durant ma jeunesse, je rendais visite à ma grand-mère dans sa petite maison. Celle-ci est l’avant-dernière avant le fleuve Saint-Laurent, qui, à cet endroit, fait 35 kilomètres de large. Non loin de là, il y a un quai avec un petit phare à son extrémité. Dans notre famille, nous avons un petit rituel : chaque jour, beau temps mauvais temps, nous nous rendons au bout du quai et nous regardons au loin. On peut y observer le coucher du soleil dans toute sa splendeur, tandis que le vent souffle sur l’eau plate et froide. À marée haute, les jours de tempête, de grandes gerbes d’eau s’abattent sur le quai. Une odeur d’eau imprègne l’air – l’eau du fleuve, l’eau de pluie et l’eau soufflée par le vent. En face de la maison de ma grand-mère se trouve un joli cimetière. Un lieu où les souvenirs de ma famille sont ancrés. Ces pierres tombales usées par les intempéries racontent l’histoire non seulement des habitants, mais aussi du village.

Vivek Shraya

L’un des désagréments de vivre dans une petite ville est la sensation d’être parfois trop visible. En grandissant à Edmonton, j’avais l’impression qu’il n’y avait qu’une seule librairie, qu’un seul restaurant ou qu’un seul centre commercial, et qu’il était inévitable d’y croiser des gens qu’on connaissait. Certaines personnes aiment l’ambiance des petites villes, mais, pour ma part, j’avais parfois besoin d’espaces dans lesquels j’étais invisible – notamment parce que je suis queer et que j’ai la peau brune. La vallée de la rivière Saskatchewan Nord était un espace au sein de la ville où je pouvais me sentir anonyme. J’ai un faible pour la vallée de la rivière parce que je l’ai associée à la recherche de ma propre voie. J’ai l’impression d’avoir le choix. J’y vais quand je veux faire quelque chose avec des êtres chers qui ne font pas partie de ma famille biologique.

C’est peut-être dû au sentiment de décalage que j’éprouvais à l’adolescence, mais j’ai été dans la vallée de la rivière à de nombreuses reprises sans même savoir que je m’y trouvais. Se trouver dans un lieu qui nous semble sûr, ce n’est pas nécessairement se dire « Je me sens en sécurité maintenant » ou « Je peux désormais être moi-même » aussitôt qu’on y met les pieds. En ce qui me concerne, il s’agit plutôt d’être dans un espace où je n’ai plus à m’inquiéter de ma sécurité ou de la façon dont je dois agir. Je peux baisser ma garde.

Lorsque j’y vais, il y a de fortes chances que je croise quelqu’un que je connais, mais ce n’est jamais arrivé. Les lieux sont à la fois vastes et intimes. Cela me ferait bizarre d’y amener mes parents. À l’adolescence, il est normal de ne pas vouloir que ses parents traînent dans sa chambre – après tout, c’est un espace intime. La vallée de la rivière, c’est un peu comme ma chambre à Edmonton. C’est un endroit pour mes amis et pour moi-même.

Tyler Johnston

Ma mère possède une maison au bord du lac Hatzic, à Mission, en Colombie-Britannique, et l’endroit est tout simplement magique. C’est un endroit que je ne connaissais pas plus jeune, même si j’ai grandi à environ une heure de route. Ma mère y vit depuis environ six ans. Évidemment, elle compte beaucoup pour moi, et chaque fois que je vais chez elle, j’ai l’impression que je peux me ressourcer.

J’habite à East Vancouver et je me réveille à 6 h 30 au son des camions à ordures, des klaxons et des SkyTrains – des bruits typiquement urbains. Chaque fois que je rends visite à ma mère et que je passe la nuit chez elle, c’est tranquille. On entend le gazouillis des oiseaux, le souffle du vent. C’est un endroit agréable pour recharger ses batteries.

J’arrive devant son entrée par une route isolée et, en face, il y a des champs de bleuets, qu’on trouve à profusion. Ma sœur et moi allons courir autour des champs si nous voulons bouger un peu. De l’autre côté de la maison se trouvent le lac et les montagnes. Un drapeau canadien flotte au vent, et il y a un quai qui mène à l’eau. En été, nous faisons du kayak ou nous plongeons dans le lac quand il fait chaud. En hiver, nous faisons un feu dans le foyer et nous faisons griller des guimauves. Des aigles sont souvent visibles dans le ciel. Ma mère les considère comme ses voisins. Elle vient me rendre visite pendant un jour ou deux pour passer un peu de temps en ville, puis elle dit qu’elle va rentrer chez elle et discuter avec ses voisins, les aigles dans l’arbre d’à côté. C’est un endroit unique.

Tantoo Cardinal

Native de Fort McMurray, en Alberta, j’ai grandi dans la communauté voisine d’Anzac. À l’époque, on saluait invariablement tous les gens qu’on croisait. On partageait la viande d’orignal, on cultivait des potagers et on pêchait. On riait, on se racontait des histoires, et on chérissait nos musiciens, nos danseurs et nos gigueurs. Une voie ferrée qui traversait la communauté nous reliait au monde extérieur.

C’est également à cette époque que des entreprises sont venues à Fort McMurray pour y faire de la prospection pétrolière et gazière. Aujourd’hui, la ville est connue comme le cœur des sables bitumineux, mais j’en garde un souvenir très différent. J’ai quitté la communauté à l’âge de 15 ans pour aller à l’école secondaire. Lorsque je suis revenue 15 ans plus tard avec mon fils, dans le même train que celui à bord duquel j’étais partie, le monde que j’avais connu n’existait plus.

Il y avait maintenant des routes, des lignes et des puits partout. Les maisons avaient disparu pour faire place à des stationnements boueux. Les animaux dont nous vivions n’avaient plus le même goût. Tout était presque méconnaissable, mis à part quelques arbres qui portaient encore les gravures que j’y avais faites des années auparavant. Je ne me sentais plus chez moi.

Je suis toujours nostalgique de la beauté des lieux, mais j’ai réussi à développer une nouvelle relation avec la Terre. Où que j’aille, c’est un endroit auquel j’appartiens – qu’il s’agisse des badlands, des montagnes ou de la forêt boréale, j’accepte leur appartenance au monde qui nous a vus naître et dans lequel nous vivons. L’exploitation minière appauvrit cet organisme vivant dont nous faisons partie et a des répercussions sur nous tous, de l’air que nous respirons à l’eau qui nous entoure. Tout est lié; les océans sont la matrice de la Terre mère. Tous les endroits où nous nous trouvons sont connectés aux autres.

Sergio Navarretta

Pendant 20 ans, nous avons eu une maison au coin d’Innisfil Beach Park. Le matin, j’avais l’habitude de m’installer sur mon balcon et de commencer mes réunions téléphoniques devant le lac Simcoe. Pour moi, c’est l’endroit idéal. L’eau est turquoise et calme. Le matin, on aperçoit quelques canots. C’est à la fois beau et apaisant. Deux petites îles, Snake Island et Fox Island, sont visibles au loin. Je me considère comme une personne qui aime l’eau. Aller nager dans ce lac au petit matin avant de commencer ma journée me met dans un état optimal pour travailler dans des espaces créatifs. Une odeur douce et fraîche émane du lac au lever du jour, lorsqu’on s’y baigne.

La plupart des maisons de postproduction de films sont situées dans les zones les plus animées de Toronto. J’y allais pour monter mon dernier film, The Cuban, puis je rentrais à la maison, je m’asseyais sur le balcon et j’y réfléchissais. C’est dans ces moments de pause que je pouvais prendre un certain recul. Ce contraste était très important. Cela permettait de me ressourcer.

J’ai tellement de beaux souvenirs du temps passé sur le lac, à pêcher et à l’explorer avec mon père. Un soir, vers minuit, nous nagions à la belle étoile. Une pluie de météores est apparue; je n’en avais jamais vu aussi clairement. Je les avais vues dans des documentaires, mais les voir en vrai, pendant que je nageais et contemplais le ciel étoilé, a été un moment magique que je n’oublierai jamais. C’était une expérience si paisible et si rare. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre à quel point c’était unique. Je crois que la pandémie m’a vraiment aidé à comprendre tout ce dont je suis reconnaissant quand je repense au lac Simcoe.

Sanoa Olin

Tofino est un endroit spécial pour moi. C’est là que j’ai grandi et que vivent ma famille et tous mes amis les plus proches. J’adore cet endroit en raison de sa nature abondante – on y trouve les plus belles forêts anciennes et un magnifique littoral sauvage. Les levers et couchers de soleil sur les montagnes et l’océan sont à couper le souffle. C’est là que j’ai appris à surfer et que j’ai forgé mes meilleurs souvenirs.

Tofino me donne l’impression d’être connectée au monde qui m’entoure. Je peux prendre les choses plus lentement et profiter de chaque seconde. Je me sens proche des gens qui m’entourent et de la nature. J’aime le bruit des vagues qui se brisent sur les rochers et qui roulent sur le rivage. J’aime le son de tous les oiseaux dans la forêt. Et quand je suis en bateau, j’entends le vent siffler.

J’ai passé une grande partie de mon enfance à m’amuser dans l’océan, à jouer sur la plage et à faire du surf. Je ne compte plus le nombre d’heures que ma sœur et moi avons passées à nous rouler dans le sable, à nager et à faire du surf horizontal dans les vagues, à vivre les meilleurs et les pires moments de surf de notre existence et à travailler pour atteindre nos rêves dans l’océan.

Le fait d’avoir grandi à Tofino et sur cette côte a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. C’est là que j’ai eu la piqûre du surf et que j’ai découvert ma passion pour ce sport. Sans aucun doute, l’eau froide m’a façonnée. Ce n’est pas toujours facile de trouver la motivation pour surfer au Canada et dans des eaux froides, mais c’est ce qui rend l’expérience d’autant plus unique. J’aime le rituel que cela exige – il faut se préparer davantage pour aller dans l’eau. C’est quand je porte ma combinaison et ma cagoule et que je suis dans ma petite bulle que je me sens le plus moi-même.

Kim Thúy

C’est à Granby qu’a eu lieu mon premier contact avec le Canada. Je n’avais jamais vu de neige de ma vie et la propreté était éblouissante. Quand on vit dans un camp de réfugiés en zone de guerre, on n’a pas accès à ce genre de silence et de luminosité. Ç’a été mon premier choc.

Mais le plus grand choc fut de voir tous ces gens qui nous attendaient dans le stationnement de l’hôtel quand nous sommes descendus du bus. Tout le monde était si grand! De mon point de vue, c’étaient des géants. J’étais toute maigre à 10 ans. Tous les hommes avaient de grosses barbes et des manteaux avec de la fourrure tout autour. Les Asiatiques n’expriment pas leurs émotions physiquement. Mais ces personnes nous serraient dans leurs bras, à tel point que je ne touchais même plus le sol! Je me demande encore comment ils ont pu nous prendre dans leurs bras alors que nous étions couverts d’infections dues aux piqûres de moustiques et que nous avions des poux dans les cheveux. Mais ils n’ont pas montré la moindre hésitation.

Dans un camp de réfugiés, on ne se sent pas humain. Et quand ces gens m’ont regardée, croyez-moi, je n’étais jamais sentie aussi belle. À travers cet amour pur, ils m’ont rendu mon humanité, ma dignité, tout ce que nous avions perdu dans le camp. Grâce aux habitants de Granby, j’ai pu retrouver l’humanité que j’avais perdue. Dès lors, je n’étais plus une immigrée du Vietnam, mais une enfant adoptée qui arrivait dans une nouvelle famille. Durant l’été, différentes familles nous emmenaient au zoo. Nous y allions toutes les fins de semaine. Je réalise aujourd’hui à quel point cela leur coûtait cher de nous emmener là-bas. Le zoo illustre toute la gentillesse et la générosité que les Granbyens m’ont témoignées.

Peter Mansbridge

Mon travail m’a amené dans tous les coins du pays, des grandes villes aux petites localités. Mais l’endroit qui me passionne le plus est l’Arctique, et plus précisément le passage du Nord-Ouest. Beaucoup de gens pensent que l’Arctique est un désert de toundra et de glace, mais sa beauté est spectaculaire. On y trouve des montagnes, de vastes étendues d’eau et une faune abondante, comprenant des phoques, des morses et une variété d’oiseaux. Lorsque l’on fait partie des quelques chanceux qui ont la possibilité de voyager dans cette partie du pays, on a envie d’en parler aux gens autour de soi.

J’ai toujours été fasciné par le mystère entourant l’expédition Franklin. En 2006, avant les recherches qui ont permis de retrouver les deux navires (en 2014 et 2016), je naviguais dans le passage du Nord-Ouest à bord d’un brise-glace canadien. Les haut-parleurs diffusaient « Northwest Passage » de Stan Rogers. Le temps s’est figé tandis que nous écoutions les paroles de Stan évoquant la main de Franklin tendue vers la mer de Beaufort. À ce moment-là, nous ne savions toujours pas ce qu’il était advenu des navires et de leur équipage.

Le passage du Nord-Ouest ne manque jamais de m’émerveiller. Il est très important de savoir ce qui se passe dans le Nord et d’écouter nos frères et nos sœurs inuits, qui sont prêts à nous transmettre leur savoir depuis des siècles. Quatre-vingt-dix pour cent des Canadiens vivent dans le sud du territoire, ce qui influence en grande partie notre compréhension du pays. Et pourtant, le Canada a bien plus à offrir, d’un point de vue tant géographique que culturel. L’Arctique change véritablement notre perception de ce que nous sommes en tant que pays. Lorsque j’y suis, je me sens vraiment Canadien. Notre Nord est une source inépuisable d’inspiration.

Robyn Doolittle

J’ai grandi à Forest, une minuscule localité de l’Ontario. Elle ne marque peut-être pas les esprits au premier abord, mais on trouve à Forest quelque chose de vraiment spécial qui m’emplit de nostalgie : le Kineto Theatre.

Fondé en 1917, ce cinéma est l’un des plus anciens au monde à avoir été en activité sans interruption. Il y avait un petit comptoir où on pouvait s’acheter du maïs soufflé au beurre. Je m’installais dans un des vieux sièges rouges affaissés et j’attendais impatiemment que les lumières s’éteignent et que le film commence. C’est un beau petit bâtiment qui a fait partie intégrante de mon enfance et de ma jeunesse. Peu de villages possèdent leur propre cinéma, alors je me suis toujours sentie chanceuse que le nôtre en ait un. C’était tellement agréable de manger une crème glacée entre amis et d’aller ensuite voir la superproduction du moment. Travailler au comptoir alimentaire était un emploi très convoité au secondaire.

C’est au Kineto que mes parents m’ont emmenée voir mon premier film : Blanche-Neige. J’ai dû tenir dix minutes tout au plus, parce que l’une des premières scènes du film, celle où elle court dans les bois, m’a terrorisée. Mais ce sont des souvenirs comme ceux-là qui me rendent le plus nostalgique.

J’ai maintenant de jeunes enfants, et je suis impatiente de les emmener à Forest et au cinéma du village quand ils seront plus vieux. C’est une sensation incroyable d’être déposé par ses parents au Kineto pour aller voir un film tout seul pour la première fois. C’est un de ces moments qui permettent de goûter à l’indépendance.

Roberta Bondar

En ce moment, l’endroit que j’affectionne le plus est la cabine d’un hélicoptère qui survole les différentes régions du Canada, de la toundra aux prairies en passant par les forêts pluviales tempérées. Ce sont des endroits que je pensais connaître ou que je n’avais pas pu visiter auparavant. Récemment, j’ai survolé l’île Southampton, l’une des îles les plus méridionales de l’archipel Arctique, pour suivre les oiseaux menacés ou en voie de disparition qui nichent sur l’île, comme le bécasseau maubèche. Survoler ce magnifique territoire, voir ses étonnants pourtours ciselés qui se déversent dans la baie d’Hudson et réaliser qu’il s’agit d’un coin du pays que très peu de gens ont la chance de voir, c’était indescriptible.

L’idée qu’il existe une perspective différente de la vie est importante. Il s’agit d’essayer de comprendre l’histoire d’une personne sur la planète à un moment donné, tout en ayant conscience que la nature était là bien avant nous. Quand je suis allée dans l’espace, voir notre planète se détacher de la noirceur de l’univers m’a profondément marquée. C’est pourquoi, depuis mon vol spatial, je cherche des horizons dégagés à la surface de la Terre, comme les Prairies ou l’Arctique. Lorsque nous regardons notre pays d’en haut, tout semble soudain si important, parce que nous voyons le point de liaison entre notre planète et l’univers au-dessus de nous.

Ce qui rend notre pays si spécial à mes yeux, c’est la possibilité d’avoir conscience que la vie est présente sur Terre depuis des centaines de milliers d’années. Cette impression de permanence incite à l’humilité.

Rick Mercer

En ce qui concerne Terre-Neuve-et-Labrador, je pourrais probablement inclure une centaine d’endroits dans ma liste de mes 10 endroits préférés. Mais un coin que j’affectionne particulièrement est Chapel’s Cove, où je possède une maison d’été. À l’origine, mon père et son frère y avaient construit un tout petit chalet. À vrai dire, cela ressemblait plutôt à une remise équipée d’un poêle à bois. Ils n’ont jamais rien acheté de neuf. À un moment donné, ils ont sorti un seau de clous tordus qu’ils avaient retirés de vieux morceaux de bois. « Bon, on a une heure à tuer, ont-ils dit. Redressons les clous. » Enfant, je m’étais alors demandé : « Pourquoi n’achètent-ils pas simplement une boîte de clous neufs? »

Aujourd’hui, j’ai à Chapel’s Cove une vraie maison que j’ai conçue. Elle se trouve à environ 45 minutes de St. John’s et surplombe la baie de la Conception. Lorsque je regarde dehors, j’ai l’impression d’être sur un bateau, la terre disparaît et seul l’océan est visible à l’horizon. Lorsque le soleil se lève et se couche, j’ai l’impression de voir ma peinture favorite changer en temps réel devant mes yeux.

Je suis toujours fasciné par les lumières et les bateaux qui flottent le long de la baie de la Conception, avec les pêcheurs qui sortent à l’aube et rentrent au crépuscule, allant et venant dans des embarcations de toutes formes et de toutes tailles. Lorsque la baie grouille de calmars, les baleines à bosse s’ébattent dans l’eau devant mon chalet, à environ 200 pieds du rivage. Je pourrais m’asseoir là toute la journée et les regarder. C’est un endroit où je me sens en paix et où je peux me plonger dans l’écriture. Les mots viennent facilement lorsque j’y séjourne et que les seules distractions sont les bruits que font les baleines juste devant ma fenêtre.

Amy Stuart

Les souvenirs sont imparfaits et évanescents. C’est d’ailleurs un thème qui revient dans plusieurs de mes romans. Et je le constate dans ma propre vie : avec l’âge, de nombreux détails de mon enfance s’estompent ou deviennent flous. Mais pas les souvenirs que j’ai forgés à l’Île-du-Prince-Édouard.

Quand j’étais enfant, Greenwich ne faisait pas encore partie d’un parc national. C’était un endroit tranquille, peu connu. Pour atteindre la plage, on devait laisser la voiture et marcher environ un kilomètre dans les dunes. Le jour, on se baignait et, la nuit, on allumait des feux de joie. C’était une grande plage de sable blanc qui s’étendait sur des kilomètres, déserte, ignorée de tous.

Aujourd’hui, quand je me promène le long de la rive nord-ouest au milieu des herbes vert vif poussées par le vent, leur parfum unique me ramène tout de suite à mes 10 ans.

Quand j’amène mes trois enfants à Greenwich, ils y font la même chose que moi quand j’étais jeune. C’est l’histoire qui se répète. Lors d’un de nos derniers voyages, ma famille y a plongé avec masque et tuba et s’est retrouvée au milieu de petits crabes, de homards et de méduses. C’est comme s’ils vivaient à leur tour les mêmes bonheurs que moi sur cette plage.

Quand je les vois courir vers l’eau, comme moi avant eux, je suis émue par la force de cet endroit et de mes souvenirs.

Nick Kypreos

Quand j’étais petit, le dimanche était toujours le jour le plus spécial de la semaine. Car les dimanches étaient indissociables des chutes Niagara : chaque semaine, nous nous entassions dans la Oldsmobile familiale et partions de Toronto pour aller voir les chutes. Mon père tenait un restaurant et n’avait donc pas beaucoup de journées de congé, mais les dimanches après-midi étaient des moments à part. Il était fasciné par les chutes Niagara et leur réputation mondiale. Mes parents ont grandi dans un village de Sparte, en Grèce. Lorsque des amis ou des proches du vieux pays nous rendaient visite, l’un des premiers endroits où mon père les emmenait était les chutes Niagara. C’était un endroit spécial pour lui et, par la force des choses, c’est devenu un endroit spécial pour moi aussi.

Quand je me suis marié et suis devenu père à mon tour, j’ai voulu étendre cette tradition à ma propre famille. J’essaie de me rendre aux chutes Niagara avec mes enfants environ trois fois par an. Nous faisons du vélo le long de la rivière et nous nous rendons à Fort George ou allons acheter du chocolat frais. Je ressens un grand réconfort quand je repense à tous les beaux moments que j’y ai vécus et à tous ceux qui sont encore à venir. Le dimanche est synonyme de temps en famille. À bien des égards, les visites des chutes Niagara me ramènent à l’enfance. C’est comme si l’histoire se répétait. Le fait d’avoir le privilège de jouer au hockey dans ce pays m’a permis de voir le Canada d’un océan à l’autre, mais, à mes yeux, les chutes Niagara sont l’un des plus beaux endroits qu’on puisse y trouver.

Gurdeep Pandher

J’adore les paysages spectaculaires du parc territorial Tombstone, au Yukon. J’aime particulièrement le sentier du lac Grizzly. Il est long, mais il débouche sur des paysages grandioses, comme sortis des cieux. Et il y a le lac Grizzly, au milieu de nulle part, entre les montagnes. C’est un endroit unique au monde. Sa splendeur, épargnée par l’homme, est réservée aux animaux qui ont le privilège de la contempler jour après jour. C’est une beauté devant laquelle j’ai envie de danser.

À cet endroit, je me sens connecté à la terre. Les paysages et la puissance de la nature me fascinent et me recentrent. Dans mes vidéos de danse, on voit de nombreux de paysages de Tombstone. Je pense que ça a fait beaucoup de bien aux gens de découvrir la nature sauvage du Yukon, surtout pendant la pandémie. C’est une source de joie et d’optimisme. La nature est puissante, même quand on la voit à travers un écran d’ordinateur. Quand les gens voient un paysage majestueux, ils sont immédiatement happés.

La nature est une grande guérisseuse. Lorsqu’on se coupe d’elle, on perd notre sentiment d’enracinement. Dans la nature, j’ai l’impression de me rapprocher de mon origine en tant qu’être humain. Ce parc m’a permis de comprendre que la nature est au-dessus de tout. Nous, les humains, ne sommes pas au-dessus de tout; nous faisons simplement partie de l’écosystème. Il y a dans le monde des choses bien plus importantes que nous. Ce parc a complètement changé ma façon de voir ma vie sur la planète Terre.

Kent Monkman

J’ai découvert le comté de Prince Edward grâce à des amis proches qui ont déménagé dans le coin il y a une quinzaine d’années. Je ne connaissais pas du tout la région avant de leur rendre visite.

C’est en 2012 que j’y ai acheté mon premier terrain. Il était inoccupé, alors j’y allais pratiquement toutes les fins de semaine, en campant dans une caravane Airstream. Je me suis rendu compte que je voulais passer plus de temps dans cette région, surtout pendant la saison morte. J’ai donc commencé à penser à m’y établir de façon plus permanente, ce qui m’a amené à acheter une fermette en 2014. C’est une ancienne ferme située sur une route sans issue, donc très calme. Je n’entends pas les voitures et je ne vois pas les lumières de la ville. L’air est vraiment frais et les oiseaux sont nombreux. On peut entendre les coyotes hurler la nuit, et il se dégage de l’endroit une très grande sérénité.

Après avoir acheté la ferme, j’ai réalisé que j’avais besoin d’un endroit où je pouvais créer mes œuvres. J’ai donc construit un studio où je peux travailler à temps plein quand je le souhaite. Les vues sont magnifiques. Il m’arrive de sortir pour prendre des photos de nuages en vue d’une peinture. Le studio est également doté d’une longue bande de fenêtres qui encadrent le paysage, de sorte que chaque fenêtre ressemble à une peinture de paysage différente. Dans l’ensemble, je me sens très bien dans le comté de Prince Edward. Je m’y suis taillé mon petit coin du monde, et le fait de pouvoir m’évader dans un endroit comme celui-ci m’a fait énormément de bien. Cet endroit a changé ma vie.

Justin Trudeau

Mon lieu préféré au Canada est l’arrière de n’importe quel canot dans lequel je me trouve, où que je sois. Je ne peux pas vous dire quel endroit je préfère, car il y a tant de lacs et de cours d’eau que j’espère explorer – qui sait, le prochain deviendra peut-être mon coup de cœur! Mais quand je pense au tronçon de rivière parfait, je ne vois pas de gros rapides. Je vois plutôt des vaguelettes. De beaux rapides nous attendent au prochain virage, mais nous n’y sommes pas encore tout à fait. Il n’y a aucune trace d’habitation dans les parages. J’ai des sacs devant moi et je suis dans mon canot avec quelqu’un que j’aime. Peut-être ma fille, à l’avant. Nous avons hâte de découvrir ce qui nous attend au virage, et nous pensons déjà au plat que nous allons rater pour le souper de ce soir, une fois revenus au terrain de camping.

Pour moi, la descente de rapides illustre en quelque sorte comment nous naviguons à travers la vie – les courants nous amènent dans une direction et, parfois, on peut s’arrêter pour faire une pause et reprendre son souffle. On ne choisit pas l’emplacement des rochers; on choisit simplement la manière de les contourner. Et il faut répondre à ce que la vie nous envoie tout en continuant à pagayer sur la rivière.

À l’ère des médias sociaux, du numérique et des technologies, il est plus important que jamais de sortir de chez soi – pour faire quelque chose qui exige d’être présent et serein tout à la fois, malgré les moments d’adrénaline. En plus de son côté concret, le canot a une dimension spirituelle qui, je crois, est fondamentale pour l’âme.

Jazmyn Canning and Crystal Drinkwalter

Quand nous nous sommes rencontrées, nous avions envie de voyager et de passer un maximum de temps dans la nature, et c’est ce que la vie en fourgonnette nous a permis de le faire. Nous étions toujours à la recherche de lieux isolés et, sans même savoir que ça nous intéressait, nous trouvions toujours des sites hors réseau. Notre terrain et notre petite maison, c’est exactement ce que nous recherchions à bord de notre camionnette. Il y a tout ce que nous aimons de la nature et du camping, mais cette fois-ci, ça nous appartient. De tous les lieux visités au Canada, c’est ici que nous nous sentons le plus chez nous – et on a quand même traversé le pays trois fois. Ce qu’on aime des Maritimes, c’est la chaleur des gens et le rythme de vie plus lent. On peut vivre loin de tout, tout en n’étant qu’à une heure et demie des magasins.

Bien sûr, nous avons choisi un site très isolé et en pleine nature – c’est ce qui nous a toujours attirées. On aime y vivre ensemble et on s’y sent vraiment nous-mêmes. Nous avons un petit lac, très calme, parfait pour le canot et le kayak. Une rivière traverse le terrain, et on voit les truites nager jusqu’à la mer. Avant d’installer l’électricité, nous avons connu des moments difficiles, mais ces défis nous ont rendues plus résilientes. Vivre ici peut être une source d’isolement, c’est pourquoi nous nous faisons un point d’honneur de recevoir nos amis et notre famille. Tout le monde vante le calme des lieux et dit se sentir plus présent. Ici, les gens trouvent un véritable repos – ils font une vraie pause. Chaque matin, nous prenons notre café et nous marchons jusqu’à la rivière. Se réveiller en pleine nature, on ne s’en lasse pas!

Heather O’Neill

J’ai grandi à Montréal et j’ai toujours été attirée par le campus de l’Université McGill. Impossible de ne pas le remarquer, avec ses grandes grilles qui, me semblait-il, s’ouvraient sur un étrange monde victorien. Je me disais : « Quand je serai grande, je vais étudier la littérature anglaise ici. »

Quand j’ai commencé à étudier à McGill, le campus était pour moi une sorte de bulle magique au milieu de la ville. Dès qu’on arrive, on se retrouve au milieu d’une mer de jeunes, de conversations et de rires. Je me souviens de m’être dit : « Quand je serai une vieille dame, j’aimerais continuer à venir ici avec mes livres et être entourée de jeunes. » J’ai toujours rêvé que McGill me donne l’une des grandes maisons anciennes situées sur son campus, pour que je puisse m’y installer et me consacrer à la lecture. Il faut dire que j’ai grandi dans de minuscules appartements, donc ces maisons sont extraordinaires à mes yeux.

Je discutais récemment avec une personne avec qui j’ai étudié à McGill et qui, comme moi, venait d’un milieu ouvrier, et nous nous rappelions que l’université était un lieu où nous pouvions échapper à la pauvreté et côtoyer des jeunes issus des classes moyennes et supérieures. J’adorais être tout simplement assise dans les marches du pavillon des arts, entourée d’autres jeunes passionnés de littérature. J’avais enfin trouvé des gens comme moi. Chaque fois que j’y retourne, c’est comme si je pénétrais à nouveau dans un petit royaume étrange, où les gens lisent des livres, parlent de livres et arrivent en quelque sorte à échapper aux problèmes de la vie réelle.

Guy Vanderhaeghe

Un de mes endroits préférés au Canada est la vallée de la Qu’Appelle, en Saskatchewan. Mon père y possédait un petit ranch, donc c’est un endroit très cher à mon cœur. Nous avions l’habitude de monter et descendre les collines. Quand on arrivait au sommet d’une colline, on avait d’un côté une vue sur les arbres recouvrant les pentes des autres collines, et de l’autre une vue sur le fond de la vallée. Celui-ci était cultivé, de sorte que, selon la période de l’année, on y voyait des champs verdoyants ou des terres labourées, noires, attendant d’être semées.

Se faufiler entre les arbres était un plaisir pour tous les sens. Je me souviens du parfum de l’écorce du chêne à gros fruits, qui avait toujours une odeur de fibre poussiéreuse. En levant les yeux, on pouvait souvent apercevoir des balbuzards pêcheurs, suspendus au-dessus des collines, au-dessus de la vallée. À certaines périodes de l’année, on passait à cheval devant des buissons d’amélanches, de cerises à grappes ou de n’importe quel petit fruit de saison, et on n’avait qu’à tendre la main pour en cueillir une poignée. Les amélanches étaient mes préférées – j’adore encore ce fruit –, mais j’aimais même les cerises à grappes, qui rendent la bouche pâteuse.

Mes plus beaux souvenirs de mon père sont liés à la vallée de la Qu’Appelle. Ce sont des souvenirs heureux parce qu’il y était heureux. Il aimait ces lieux, et il nous les a fait aimer.

George Elliott Clarke

Lorsque je suis devenu poète, vers l’âge de 15 ou 16 ans, Halifax m’offrait une grande stimulation, mais je savais qu’il était nécessaire pour moi d’être à Three Mile Plains. Three Mile Plains se trouve à 70 kilomètres au nord-ouest d’Halifax, en direction de la ville de Windsor, où je suis né. Depuis environ 1760, des Néo-Écossais noirs vivent ici, suite à l’arrivée de dizaines d’esclaves amenés par les planteurs. Ma propre famille maternelle est arrivée sur la côte sud en 1813 pour ensuite s’installer à Three Mile Plains quelques années plus tard.

Le gouvernement colonial a octroyé aux personnes noires appauvries des parcelles de terre de mauvaise qualité. C’étaient des terres incultivables, marécageuses et rocailleuses. Mais des communautés se sont formées. Peu importe la discrimination vécue, les gens avaient une identité et un ancrage sur leur petit coin de terre inhospitalière. Parce qu’en esclavage, on ne possédait pas ses enfants – ils pouvaient être vendus à tout moment, tout comme les parents. Dorénavant, d’anciens esclaves pouvaient dire « c’est mon lopin de terre, mon pitoyable lopin de terre non productive et non arable, mais c’est le mien; c’est ma maison, ce sont mes enfants, c’est mon mari et c’est ma femme ». Que de telles relations existent et soient enracinées dans un lieu, c’était extraordinaire.

Three Mile Plains a d’abord habité mon imaginaire. Le vécu des habitants a constitué la base de toute mon œuvre. Aujourd’hui, lorsque je me promène sur mon terrain à Three Mile Plains, je lève les yeux et je ne vois que des branches d’arbres, jusqu’au Ciel. Mes pommetiers, mes épicéas, mes pins, mon herbe, mes fourmilières, mes squelettes de castors : tout est merveilleusement mien. Et peut-être qu’un jour, j’y construirai quelque chose.

Emmanuel Jal

On se sent chez soi là où on se sent aimé, peu importe où. Lorsque j’ai immigré au Canada en 2012, ce n’est pas le magnifique panorama de Toronto ni sa riche culture qui m’ont charmé. Ce sont plutôt les gens qui m’ont accueilli à bras ouverts dans leur ville et qui, depuis, me font sentir chez moi.

À Toronto, je ne vois pas ma couleur. Un hiver, après une grosse tempête de neige, j’ai découvert mes voisins blancs âgés en train de pelleter devant chez moi pour m’aider. Même celui de 87 ans s’activait avec le sourire. Ils ont pris soin de moi depuis le jour où j’ai emménagé.

L’une des personnes qui m’ont invité au Canada m’a aidé pour les démarches administratives et a été mon principal point de contact. J’ai offert de la payer un nombre incalculable de fois, mais elle a toujours refusé. Elle dit que mon sourire fait son bonheur. Les gens ici sont extraordinaires, et s’ils ne le savent pas, il faut le leur dire.

Je me sens en sécurité au Canada, en particulier à Toronto. J’ai grandi au milieu de la violence, de la mort et des traumatismes. Aujourd’hui, je dirige ma propre étiquette de disques et j’ai ma propre entreprise axée sur le bien-être. J’ai grandi dans une zone de guerre au Sud-Soudan et j’ai été un enfant-soldat, AK-47 à la main, à l’âge de sept ans. Mais ici, au Canada, je n’ai pas l’impression de devoir acheter une arme pour me sentir en sécurité. Les gens qui vivent ici me font sentir en paix. Je suis arrivé au Canada les poches vides, et aujourd’hui, ma vie est plein de richesses.

Elladj Baldé

J’ai toujours été proche de la nature, mais il y a encore quelques hivers, je n’avais jamais eu l’occasion de m’élancer sur une glace formée par mère Nature. J’ai donc contacté un ami, Paul Zizka, montagnard de Banff, qui m’a dit qu’il serait possible de patiner sur le lac Minnewanka le lendemain matin. Nous nous sommes donné rendez-vous là-bas.

Lorsque j’ai enfin pu fouler cette glace, la sensation était magique. Je patine depuis toujours, et j’ai fréquenté des patinoires intérieures équipées des meilleures technologies de surfaçage. Mais ce n’était rien à côté de la surface parfaitement lisse qu’offrait la glace créée la veille par dame Nature. J’avais l’impression qu’en un coup de patin, je pourrais glisser sans fin. En tant que patineur artistique, j’ai eu la piqûre.

Le lac était si calme que j’entendais le bruit de mes lames, et même celui de la glace. Car la glace sauvage a son propre son. J’avais l’impression d’être au milieu d’une bataille de science-fiction intergalactique tant il ressemble à celui des tirs de vaisseau spatial. C’était tout nouveau pour moi; j’étais totalement hypnotisé. Même que je me suis allongé pour écouter la glace. C’est comme si elle est vivante, qu’elle nous parle.

Cette première expérience sur la glace sauvage a complètement changé ma perception du patinage. Je me sens plus libre parce que la nature est tellement libre elle-même. Elle vous oblige – ou vous inspire – à trouver ce genre de liberté en vous. À compter de là, je ne voulais plus patiner ailleurs. Aujourd’hui, la glace sauvage fait partie de ma vie, pour toujours.

Elizabeth May

En tant que députée de la circonscription de Saanich-Gulf Islands, près de l’île de Vancouver, je suis tous les matins émerveillée par les paysages majestueux qui m’entourent. Mais mon cœur reste attaché à la côte est. Margaree Harbour, sur l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, est un véritable aimant pour moi. Impossible de résister à son pouvoir d’attraction. Je n’y suis pas née, mais c’est l’endroit où je me sens le plus chez moi.

Toute l’île est à couper le souffle, mais la plage de Margaree Harbour est particulièrement belle. Presque toujours déserte, elle est un véritable lieu de réconfort, de guérison, de renouveau et de joie pour moi. Ma fille et moi sommes du même avis : l’océan Atlantique a un je-ne-sais-quoi qui rend l’air plus salé et plus vif, et qui nourrit l’âme comme aucun autre lieu. J’ai passé d’innombrables heures sur cette plage, pour promener mon chien ou autour d’un feu de camp, à l’occasion de veillées musicales familiales et amicales.

J’ai déménagé sur l’île du Cap-Breton à l’adolescence. C’est là que mes parents sont morts, et c’est là que vivent toujours mon frère et ma belle-sœur. Je suis nostalgique des moments de ma vie passés là-bas. Je vais à Margaree Harbour au moins une fois par an, ce qui confirme l’adage « On peut sortir la fille de l’île du Cap-Breton, mais on ne peut pas sortir l’île de la fille ».

Il est question de forer un puits de pétrole en eau profonde dans le golfe du Saint-Laurent, où se trouve Margaree Harbour. Les dommages pourraient être incalculables. Je suis très attachée à la protection de l’ensemble du territoire canadien, mais j’ai le sentiment d’avoir une relation et une responsabilité personnelles à l’égard du golfe du Saint-Laurent et des côtes de l’île du Cap-Breton.

Chantal Petitclerc

De 1991 à 1994, alors étudiante universitaire à Edmonton, j’ai eu la chance de faire plusieurs voyages en Alberta. L’un des lieux dont je me souviens encore avec émotion, pour plus d’une raison, est Kananaskis. Nous y allions dès que nous en avions la chance. Ce qui nous a fait découvrir Kananaskis, c’est qu’on y trouvait, déjà au début des années 1990, un hébergement accessible aux fauteuils roulants et de l’équipement de ski de fond adapté. À l’époque, c’était novateur, car on ne parlait pas beaucoup d’inclusion, d’accessibilité et d’équité.

Quand on est en fauteuil roulant et qu’on aime la nature, il n’y a pas toujours de solution facile. Les obstacles sont nombreux. Kananaskis a été le lieu d’une de mes premières expériences en solitaire où, avec mes seuls bâtons de ski et mes muscles, et j’ai pu me plonger dans la nature. Il m’est arrivé de devoir m’arrêter pour éviter des ours et des cerfs. J’ai des photos! J’avais l’impression de pénétrer dans le territoire des animaux sauvages, et c’est ce qui rendait ces moments si précieux.

Aujourd’hui maman d’un garçon de neuf ans, je projette d’y retourner avec lui dans les prochaines années, de l’emmener dans ce lieu très cher à mon cœur.

De temps à autre, j’ai besoin de me retrouver seule pour réfléchir, m’imprégner de la nature et vivre simplement le moment présent. Kananaskis fut le terrain de l’une de ces premières expériences. C’est dans la vingtaine que j’ai commencé à réaliser l’importance de cette activité pour mon équilibre. Alors au début de ma carrière de coureuse, je devais jongler avec l’attention des médias, la pression et les déplacements. C’était beaucoup! J’avais besoin d’équilibre; j’avais besoin de me retrouver et de me dépenser dans la nature.

Andrew Phung

Hamilton occupe une place toute spéciale dans mon cœur. C’est une ville décontractée et inspirante où l’on peut être soi-même, tout simplement. Je suis né et j’ai grandi à Calgary, mais j’aime Hamilton parce que je m’y sens chez moi. Dernièrement, j’y ai passé beaucoup de temps pour le tournage de Run the Burbs et la ville me parle beaucoup. Lorsqu’on filme des scènes en extérieur dans la banlieue, j’ai l’impression de redevenir enfant. On sort dehors et il fait chaud; il y a des gens qui tondent leur pelouse. Plus loin, on voit des enfants jouer au basket-ball; on en entend d’autres courir dans les jets d’un arroseur. Lorsqu’on tourne plusieurs scènes, les voisins sortent leurs chaises de jardin et s’installent dehors pour nous regarder. Il s’en dégage une sensation de calme.

La fin de semaine, j’explore la ville. Je procède souvent par cercles. Je cherche notamment à repérer les magasins de jouets anciens comme Bounty Hunter Toys et Retrosaurus. J’aime renouer avec mon enfance. D’ailleurs, mes enfants m’accompagnaient dans la recherche des boutiques de joujoux.

J’ai été surpris de constater qu’il y a une importante population vietnamienne dans la ville. Dans un centre commercial, j’ai trouvé un restaurant vietnamien, une boucherie chinoise et une épicerie asiatique – je m’y sens chez moi. Lorsqu’une personne de couleur pense s’installer en banlieue, elle craint de ne pas y retrouver sa culture. Le fait de découvrir des pôles culturels comme celui-ci me donne un sentiment d’appartenance. C’est une ville qui me rend heureux : je suis maintenant dans la trentaine et je suis prêt à troquer la « branchitude hipster » contre la « coolitude naturelle » d’Hamilton, avec ces formidables commerces qui servent de bons plats et offrent de bons produits.

Catherine McKenzie

Quand j’étais jeune, j’ai passé neuf étés à Wilvaken, un camp situé au bord du lac Lovering, au Québec. J’ai d’abord été campeuse, puis j’ai gravi les échelons jusqu’à devenir membre du personnel. Le jour, nous faisions de la voile, du canot et du ski nautique et, le soir, nous admirions les plus beaux couchers de soleil que j’ai jamais vus. Au départ, c’est ma meilleure amie qui m’avait convaincue de la suivre au camp d’été, et c’est ainsi que je partage avec elle parmi les plus beaux souvenirs de ma vie.

Mes neveux y sont allés pour la première fois en 2019, et l’été d’avant, le camp a fêté son 60e anniversaire – j’ai donc encore plusieurs raisons de reprendre le chemin du lac Lovering. C’est toujours émouvant de revenir, de renouer avec le paysage vallonné et les vastes champs le long de la route. Je sens l’odeur de la forêt de pins et j’entends le chant des oiseaux dans les arbres; je sais immédiatement que je suis chez moi.

À l’époque, il n’y avait que deux autres camps sur le lac. Les bateaux étaient peu nombreux, et il n’y avait presque personne en dehors des campeurs, de sorte que les amitiés nouées étaient intimes et spéciales. Et que dire de l’équipe, dont l’enthousiasme pour le camp est contagieux!

De telles expériences de groupe sont transformatrices. En étant toujours ensemble, on cumule l’équivalent de plusieurs années de souvenirs et d’amitiés dans court un laps de temps. Tout se vit plus intensément!